jeudi 11 août 2011

Panique dans les rues de Londres...


Je suis blottie dans mon salon avec quelques amis en état de choc et je regarde ma ville brûler. La BBC passe en alternance des images de voitures incendiées et de batailles de rues et de courses poursuites à Hackney, de policiers à cheval en manoeuvres à Lewisham, d’incendies qui font rage là où se dressaient des magasins et des maisons à Croydon et à Peckham.


La nuit dernière, Enfield, Walthamstow, Brixton et Wood Green ont été pillées ; il y a eu des centaines d’arrestations et des dizaines de blessés graves, et ce sera un miracle si personne ne meurt cette nuit. C’est la troisième nuit consécutive d’émeutes à Londres, et le désordre se répand à présent à Leeds, Liverpool, Bristol et Birmingham. Les politiciens et les officiers de police qui il y encore quelques heures faisaient des déclarations solennelles sur la criminalité en sont à présent réduits à supplier les jeunes de rentrer chez eux. La Grande-Bretagne était un baril de poudre et vendredi quelqu’un y a mis le feu. Comment cela a-t-il pu arriver ? Et qu’allons-nous faire maintenant ?

Dans leur précipitation pour expliquer ces émeutes, chaque commentateur commence par un rituel : condamner la violence. Comme s’il pouvait en être autrement de ces incendies, ces agressions et ces pillages. Ceci devrait être assez évident pour tous ceux qui regardent en ce moment sur la BBC Croydon en train de brûler. David Lammy, député à Tottenham, a qualifié les troubles « d’insensés, insensés ». Nick Clegg a dénoncé « les violences et les pillages inutiles et opportunistes ». S’exprimant depuis sa villa de vacances en Toscane, le Premier Ministre David Cameron – qui a finalement décidé de rentrer pour prendre les affaires en main – a simplement déclaré que l’agitation sociale qui régnait dans les quartiers les plus pauvres du pays était « tout à fait inacceptable ». La violence dans les rues est qualifiée de « criminelle », l’œuvre d’une « minorité violente », d’ « opportunisme ». Ils ont perdu la tête. Ce n’est pas comme ça que l’on parle d’une agitation sociale contagieuse. Des jeunes en colère qui n’ont rien à faire et rien à perdre se retournent contre leurs communautés, et ils ne peuvent pas être arrêtés et ils le savent. Cette nuit, dans une des plus grandes villes du monde, la société se désagrège.

La violence est rarement aveugle. La politique responsable d’un immeuble en feu, d’une vitrine brisée ou d’un jeune homme tué par balles par la police n’est peut-être pas visible pour ceux qui ont allumé des cocktails molotovs ou appuyé sur la gâchette, mais elle est bien là. Il ne fait aucun doute qu’il y a bien plus derrière ces émeutes que la mort de Mark Duggan, tué par la police, et dont la mort a déclenché les émeutes samedi, lorsque deux voitures de police ont été incendiés après une veillée de cinq heures devant le poste de police de Tottenham. Une protestation pacifique contre la mort d’un homme détenu par la police, dans une communauté où les habitants ont toutes les raisons de ne faire confiance ni à la police ni à la justice, est une forme de déclaration politique. Piller les magasins pour des appareils hi-tech ou des chaussures de sport qui valent dix fois plus que les allocations qu’on vous a supprimées en est une autre. Une vague coordonnée et contagieuse d’agitation à travers les quartiers les plus pauvres de la Grande-Bretagne, où des jeunes arrivent des quatre coins du pays pour s’affronter à la police en est encore une autre.

Des mois de conjectures suivront ces émeutes. Déjà, l’internet s’enflamme de propos racistes au vitriol et de rumeurs folles. La vérité est que très peu de gens savent pourquoi c’est arrivé. Ils ne savent pas parce qu’ils ne s’intéressaient pas à ces gens-là. Personne n’observait plus Tottenham depuis que les caméras de télévision se sont retirées après les émeutes de 1985 à Broadwater Farm. 


La plupart des gens qui vont écrire, parler et pontifier sur les désordres de cette semaine n’ont absolument aucune idée de ce que cela signifie de grandir dans un quartier où il n’y pas de travail, pas de logements, pas de lieux de vie, et où la police est présente dans les rues et vous arrête et vous fouille sur le chemin de l’école. Ceux qui savent se réveilleront en sachant pertinemment bien qu’après des décennies d’ignorance et de marginalisation et harcèlements policiers, après avoir vu pendant des mois s’envoler tous les espoirs d’une vie meilleure, ils ont finalement réussi à faire parler d’eux dans les journaux télévisées. Dans un reportage de la BBC, un jeune homme de Tottenham, à qui on avait demandé si les émeutes avaient changé quelque chose, a répondu : « Oui. Vous ne seriez pas en train de me parler si nous avions pas fait une émeute, n’est-ce pas ? »

« Il y a deux mois nous avons marché sur Scotland Yard, plus de 2000 personnes, tous des noirs, pacifiquement, dans le calme et vous savez quoi ? Pas un mot dans la presse. La nuit dernière, après un peu d’émeutes et de pillages, regardez autour de vous. »

J’étais parmi les badauds en train d’écouter alors j’ai regardé autour. Une douzaine d’équipes de Télévision et de journalistes étaient en train d’interviewer des jeunes.

Il y a partout dans ce pays des quartiers auxquels on ne prête attention que lorsqu’il y a une émeute ou un infanticide. Maintenant ils prêtent attention.

Cette nuit à Londres, l’ordre social et la loi se sont totalement effondrés. La ville est paralysée. Les rues sont dangereuses la violence se rapproche de mon quartier à Holloway. Au moment où je rédige ces lignes, les pillages et les incendies se sont répandues à au moins 50 localités différentes à travers le pays, dont des dizaines à Londres même, et les communautés se retournent à présent les uns contre les autres : le quotidien The Guardian raconte comment des gangs rivaux livrent des batailles rangées. Il est devenu évident aux yeux des jeunes déshérités britanniques, qui pensent qu’ils n’ont aucun avenir dans cette société et rien à perdre, que cette nuit ils pourront faire ce que bon leur semble et que la police est totalement débordée. C’est ça une émeute.

Une émeute, c’est le pouvoir, c’est la catharsis. Ce n’est pas une éducation parentale défaillante ou des services sociaux qui disparaissent, ni aucune de ces explications clichés que les gourous médiatiques nous servent. Comme me le faisait remarquer aujourd’hui un ami, les inégalités structurelles ne sont pas résolues par quelques tables de billard. Une émeute donne un sentiment de puissance, même si ce n’est que le temps d’une nuit. Une émeute, c’est lorsqu’on a passé toute sa vie à s’entendre dire qu’on est bon à rien mais qu’ensemble on peut tout faire – littéralement, tout. Une émeute, c’est lorsqu’on n’a jamais connu de respect et qu’on ne voit aucune raison d’en donner, et ça se répand comme un feu de broussailles. Du coup des gens ont perdu leurs maisons et le pays s’entredéchire.

Personne ne s’y attendait. Les soi-disant dirigeants qui ont mis trois jours entières pour rentrer de leurs vacances à l’étranger dans un pays en proie aux flammes n’avaient rien anticipé. Ceux qui dirigent le pays n’ont absolument aucune idée du niveau de désespoir qui régnait. Après trente ans d’inégalités criantes, en pleine récession, ils pensaient pouvoir arracher les derniers lambeaux qui restaient aux gens pour garder encore un peu d’espoir - les allocations, les emplois, la possibilité de faire des études supérieures, les structures sociaux de soutien – et qu’il ne se passerait rien. Ils se sont trompés. Et maintenant ma ville est en feu, et il continuera de brûler jusqu’à ce que l’on cesse de lancer ces accusations généralisées et ces conjectures à l’aveuglette et que l’on tente de comprendre ce qui a provoqué cette agitation. Permettez-moi de vous donner un indice : ce n’est pas Twitter.

Je suis coincé chez moi et les émeutes se déroulent juste au bout de ma rue à Chalk Farm. Ealing, Claphma et Dalston sont pillés. Des journalistes ont été agressés et tabassés dans les rues et la police antiémeute s’est retirée des lieux où elle a daigné se présenter. Des postes de police sont incendiés un peu partout dans le pays. Ce matin, lorsque la fumée se dissipera, ceux d’entre nous qui auront trouvé le sommeil se réveilleront devant le spectacle d’un pays en proie au chaos. Nous nous réveillerons avec la peur, le racisme, les condamnations à gauche et à droite et rien n’empêchera le tout de recommencer tandis que le spectre d’un deuxième crash boursier s’affiche en bas de dépêches.

C’est le moment de faire des choix. C’est le moment de décider si nous nous laissons entraîner vers la haine, ou si nous faisons fi des préjudices et décidons de travailler ensemble. C’est le moment de décider dans quel pays nous voulons vivre. Suivez les évènements sur le tag #riotcleanup de Twitter et soyez solidaires.

Laurie Penny, journaliste.
Traduction "Londres brûle-t-il ? Vraiment ?" par VD avec probablement les débris et éclats habituels.

lundi 8 août 2011

LUNDI NOIR : Les Bourses paniquent, le crash est desormais la...

Malgré la BCE et la mobilisation internationale, les Bourses européennes chutent lourdement



Les Bourses européennes ont une nouvelle fois chuté ce lundi après la dégradation de la note de crédit des Etats-Unis par S&P, même si les rachats sur le marché de dettes italienne et espagnole par la Banque centrale européenne ont limité les effets de la décision de l'agence de notation.



A Paris, le CAC 40 a fini en repli de 4,68% à 3.125,19 points, signant ainsi sa onzième séance consécutive de baisse et affichant désormais un recul de plus de 18% depuis le 22 juillet, après avoir évolué en séance entre un plus haut à 3.333,61 (et gagné 1,68%) et un plus bas à 3.129,15 points.

La place parisienne a, comme ses homologues européennes, accentué ses pertes après que Standard & Poor's (S&P) a abaissé à "AA+" les notes des organismes de refinancement hypothécaire Freddie Mac et Fannie Mae, en raison de leur dépendance directe au gouvernement américain.

 Depuis deux semaines, le grand sujet d'inquiétude des marchés porte sur la solidité de la croissance économique, notamment aux Etats-Unis où le ralentissement se révèle plus sérieux qu'attendu, ce qui pèse lourdement sur les valeurs cycliques.
Lire la suite ici :  LA TRIBUNE

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samedi 6 août 2011

URGENT : CRACK BOURSIER LUNDI 8 AOÛT 2011 ?



L’économie mondiale risque-t-elle de connaître une nouvelle crise, plus profonde et plus durable que celle de 2008 ?

La menace d’une contagion de la crise des dettes souveraines aux grands pays de la zone euro peut précipiter l’économie planétaire dans une récession à double creux. Une menace palpable au vu des difficultés qui touchent aujourd’hui l’Italie et l’Espagne et qui peuvent atteindre même la France après avoir secoué la Grèce, le Portugal, l’Irlande et dernièrement Chypre.
La réaction des marchés ne s’est pas fait attendre en cette fin de semaine. Très fébrile, Wall Street a lâché 4 à 5%, alors que les marchés européens ont perdu 3%. La zone euro semble aujourd’hui prisonnière d’une spirale infernale. Le Sommet de la zone euro tenu le 21 juillet dernier a permis de mettre en place un plan de sauvetage pour la Grèce, mettant à contribution le Fonds européen de stabilité financière (FESF), qui a contribué à alourdir le fardeau de la dette des pays, notamment l’Italie et l’Espagne.
La dette souveraine transalpine représente d’ailleurs 120% du PIB et les intérêts pèsent sur le déficit budgétaire, qui s’est élevé à 4,6% en 2010. Avec un ratio au PIB de 63,6% la dette souveraine ibérique est moins élevée, toutefois le déficit a atteint 9,24% fin 2010. Or, les chiffres de la croissance pour ces deux pays du sud de l’Europe laissent dubitatifs quant à la possibilité de mener leurs plans d’assainissement de la dette à terme.  La banque d’Espagne a estimé le taux de croissance à 0,2% contre 0,3% au premier trimestre 2011.
En Italie, même si les chiffres de l’institut de statistiques présentent une légère amélioration, la croissance reste poussive, à 0,3%.  Les agences de notation ont d’ailleurs fini par achever la crédibilité des obligations européennes. Les deux pays ont déjà perdu leur notation «AAA». La tension, alimentée ainsi par le marché, a fait bondir les taux obligataires italiens et espagnols à des niveaux record, ce qui fait grimper le coût de leur dette et peut avoir des répercussions sur le financement de l’économie réelle.

Pas de plan de sauvetage pour l’Italie et l’Espagne
Si les taux restent à ces niveaux, de nouvelles mesures d’austérité pourraient s’avérer nécessaires, avec un effet dépressif sur la croissance. Et comme dans un cercle vicieux, une croissance molle freine les rentrées fiscales, la consommation, les investissements et creuse donc le déficit. Ce genre de situation fait craindre ainsi le passage d’une croissance balbutiante à une récession généralisée, par effet domino, à toute la zone euro. Pour l’heure, la Commission européenne exclut toute discussion sur un plan de sauvetage pour les troisième et quatrième économies de la zone euro. Le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn, a d’ailleurs jugé les tensions sur les marchés «injustifiées» au regard des fondamentaux économiques et budgétaires de l’Espagne et de l’Italie. Silvio Berlusconi a assuré que «les fondamentaux de l’économie italienne sont solides» mais a admis la nécessité d’un «plan d’action immédiat» pour relancer la croissance.
En Espagne, la ministre de l’Economie, Elena Salgado, a assuré que le gouvernement poursuit les réformes et les mesures budgétaires pour réduire le déficit public. Le fait est qu’avec 440 milliards d’euros, la taille du FESF est insuffisante pour venir en aide à l’Italie et à l’Espagne en cas de crise grave. La Banque centrale européenne, qui a été contrainte d’intervenir pour apaiser la fièvre des marchés, a décidé de procéder à de nouveaux achats sur le marché de la dette. Outre cette intervention sur le marché obligataire, la BCE va venir en aide aux banques en mettant à leur disposition des liquidités supplémentaires sur une durée de six mois. Toutefois, les déclarations laconiques de Jean-Claude Trichet ont quelque peu biaisé l’effet de l’annonce sur les marchés financiers. Aussi, la BCE, qui observe de très près l’évolution des prix de l’inflation, a maintenu ses taux d’intérêt directeur à 1,50%.

Pourtant, certains experts préconisent de laisser resurgir l’inflation si les taux d’intérêts s’envolent. L’économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI), Olivier Blanchard, avait avancé cette solution qui permet de rembourser sa dette en «monnaie de singe».
Un point de vue partagé par Kenneth Rogoff, ex-chef économiste du FMI, qui abonde dans le même sens en estimant qu’une inflation de 4 à 6% permettrait d’écourter la période de désendettement et de croissance ralentie. Il va sans dire que si des mesures concrètes et une solution à moyen terme ne sont pas prises pour alléger le fardeau de la dette, il y aura de sérieuses répercussions sur une économie mondiale déjà mise à mal par les risques de faillite pesant sur les Etats-Unis.

Un krach financier, dans la situation actuelle, pourrait engendrer une crise plus grave que la grande récession de 1929. Et l’Algérie, comme tout les pays du Bassin méditerranéen, ne peut échapper à un scénario aussi dantesque. Il va sans dire qu’une crise pourrait contribuer à l’effondrement des cours du pétrole. Les incertitudes croissantes au sujet de l’économie mondiale ont fait plonger le baril de pétrole de 92,59 à 85,23 dollars. Quelles seraient donc les répercussions sur l’ensemble des pays exportateurs de pétrole, qui tire >60% de ses recettes des hydrocarbures, si le prix du baril tombait à 10 dollars ?


Par Melissa Roumadi 

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